
Liminal · Montréal
Démarré en 2024 pendant ma formation au CFPV, Liminal explore les « liminal spaces » de Montréal : ces lieux de passage que l'on ne fait, d'ordinaire, que traverser, et qui, photographiés seuls et en silence, deviennent étrangement familiers.
Qu'est-ce qu'un liminal space ?
Un liminal space (littéralement un « espace-seuil ») désigne un lieu de passage : un couloir d'hôtel, une piscine vide hors saison, un parking souterrain, une salle d'attente à l'heure de la fermeture. Le mot vient du latin limen, « le seuil ». Il est introduit en anthropologie par Arnold van Gennep dans Les Rites de passage (1909), puis développé par Victor Turner pour décrire cet état intermédiaire où l'on n'est plus tout à fait « avant » sans être encore « après ». Dans les années 1990, l'anthropologue Marc Augé prolonge l'idée avec la notion de « non-lieu » : ces espaces de transit (aéroports, halls, zones commerciales) que l'on traverse sans jamais vraiment y être.
Une esthétique née d'internet
Le mouvement visuel prend forme en mai 2019, sur un fil 4chan consacré aux images dérangeantes : quelqu'un y publie la photo d'un intérieur vide, moquette jaune, néons blafards, l'image fondatrice des « Backrooms ». Le malaise diffus, mêlé de nostalgie, qu'elle provoque donne un nom à une sensation que beaucoup reconnaissaient sans pouvoir la nommer. L'esthétique se propage sur Reddit (le subreddit r/LiminalSpace dépassera les 500 000 membres) puis sur Tumblr et TikTok, où le hashtag #liminalspaces cumule plusieurs milliards de vues. Le confinement de mars 2020, en vidant d'un coup rues, gares et centres commerciaux, agit comme un accélérateur : le monde entier fait soudain l'expérience, dans la réalité, de ces lieux familiers devenus étranges.
Le projet, à Montréal
Liminal est né d'une envie simple : photographier Montréal dans ses interstices (cages d'escalier, quais de métro à contre-heure, couloirs d'immeubles, parkings), au boîtier hybride plein format, en lumière disponible uniquement. Un cadrage posé, presque immobile, un temps pris à ne rien précipiter : ces choix m'ont semblé les plus justes pour ce sujet, pour épaissir le silence de ces lieux que l'on ne fait, d'habitude, que traverser. Le projet s'est refermé en 2025, à l'obtention de mon diplôme du CFPV. La série complète est visible dans la galerie.
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